Le but de ce site-blog

Le but ce blog, est d’étonner, émouvoir, faire sourire au phénomène global des expressions dans le monde. Bien que sérieux sur le plan sociolinguistique, son enjeu est avant tout humanisant. Lutter contre l’indifférence ou le rejet par l’arme du sourire est le pari simple de ce blog.

Ce blog sert en même temps à faire la promotion du livre  Expressions de monde  (avec, en sous- titre : l’humour des langues face à notre condition), sorti en janvier 2018, aux Éditions de l’Âge d’Homme. Un livre de 400 p. traitant d’expressions proches ou équivalentes sur 15 langues et ayant nécessité la collaboration d’un nombre important de bilingues. Que le raciste qui ne sourit pas au moins une fois à la lecture de ce livre me jette la première pierre…

Ce site-blog pourra peut-être aussi favoriser le développement d’une collection de petits livres (d’une trentaine de pages et associée au grand livre) ayant pour titre La langue au chat (un projet qui est actuellement en pourparler avec l’éditeur). Cette collection serait uniquement illustrée par des dessins d’enfants, chacun de ceux-ci étant associés à une expression étrangère dont il s’agirait de deviner son/ses équivalence(s) française(s).

Enfin, ce site-blog pourrait intéresser de nouveaux bilingues pour des traductions dans de nouvelles langues, tout en conservant le même canevas philosophique plus ou moins intergalactique.

En effet, mon livre est avant tout une approche du monde des expressions basée sur ce l’on nomme « la philosophie de l’existence », dont j’ai repris les analyses. Le but de mon livre ou de ce blog n’est donc pas à aborder sous l’angle de la science, mais plutôt sous celui de l’humanisme, en montrant que la compréhension de la langue de l’autre, le désir de partage, l’ouverture ont aussi le vent en poupe.

Les travaux des spécialistes de la langue concernant les expressions idiomatiques sont souvent remarquables de patience, de recherches et de mises à jour impliquant beaucoup d’années de travail et de personnes. Nous pourrions comparer le monde des expressions à une forêt, une jungle sans fin où chaque expression serait un arbre. Le sociolinguiste nous décrit la plupart de ceux-ci : leurs racines, leurs branches, leur écorce. Mais le paradoxe de ce travail, pourtant fondamental (et auquel je dois forcément beaucoup) c’est qu’il cache la forêt. Car de même que l’on peut lire entre les lignes, on peut aussi lire entre les arbres. Mais de par la nature de son approche, un dictionnaire classique des expressions ne saurait guère voir cette forêt qui pourtant ne cesse de chanter et parler aussi de nous.

Au fond de cette forêt primaire du langage, résonne d’abord l’étonnement de l’être : En tant qu’être pensant, nous sommes forcément et plus souvent qu’à notre tour, dans l’inquiétude (angoissés diraient les philosophes), par notre condition. Et c’est à cette inquiétude première que je me suis intéressé, autant qu’aux tentatives de les désamorcer par l’humour, ce que font souvent les expressions.

Vais-je vivre encore longtemps cette période creuse ? Ou au contraire repiquer du vif ? Et dans le futur : vais-je supporter de vieillir ? Et un jour, vais-je réussir à affronter le fait que mon heure a sonné (sans m’accrocher à la blouse de l’infirmière en demandant « pourquoi moi ?… »). Ou encore, question plus large, que va devenir notre monde ? Et est-ce que Churchill avait raison de dire que la plus importante leçon de l’histoire que les hommes puissent retenir est que les hommes ne retiennent pas les leçons de l’histoire ? Oui, c’est tout cela « être pensant ». Et c’est à cela qu’ouvre mon ouvrage qui s’en tient à la réalité de relation (ou de sens) des expressions. Ce pour quoi elles ont d’abord été créées : pas pour les chiens… ni pour donner du grain à moudre aux analystes.

Une comparaison que l’on peut faire entre mon livre et un dictionnaire classique est qu’il explique l’origine des expressions, tout en proposant un index permettant de retrouver aisément celles du français.
Pour le reste, mon livre parle plutôt de cette forêt primitive précitée. Il montre ce qu’il a y entre les arbres, en deçà des particularismes socioculturels. Il dévoile, par exemple, qu’un grand nombre d’expressions touchent à telle situations d’existence plutôt qu’à telle autre. Que de telles questions restent récurentes, à l’image du jeune enfant à qui on lit un livre ou avec lequel on regarde un film et qui finit par vous poser la même question : « Lui, c’est un gentil ou un méchant ? » .

Ce qui est émouvant, c’est de voir comme chaque langue (ce qu’il n’aurait pas été possible de découvrir si nous n’avions comparé que deux langues) s’arrange pour tordre différemment une même situation appréhendée. Par exemple, pour décrire quelqu’un de malin, un peu roublard, possédant de l’expérience, nous disons en français : c’est un vieux renard. Et si nous regardons comment les autres langues parlent de notre vieux renard, nous lisons que les Néerlandais disent plutôt : C’est un oiseau rusé. Les Portugais : un rat pelé. Les Japonais : un vieux blaireau. D’autres : un vieux cormoran, un vieux beignet torsadé, etc. Nous percevons alors comme les langues cherchent toutes à s’enrouler autour d’une représentation d’abord indistincte, finissant par dessiner ou recouvrir une sorte de fantôme commun (le signifié, pourraient dire les linguistes) derrière chaque situation rencontrée.

Le travail autour de ce livre m’a appris nombre de choses, et premièrement, dirais-je, une fâcheuse tendance à l’ethnocentrisme (ne serait-ce qu’en apprenant que l’expression plier le coude, que je pensais bien de chez nous, se dit un peu partout). Ou encore, lorsque nous avons tendance à faire débuter notre histoire moderne avec nos ancêtres de l’Antiquité. A ce propos je pourrais vous citer une phrase de Socrate : Si tu n’es pas connu des hommes, cela n’est pas bien grave… Mais si tu ne les connais pas…!

Bon ! En réalité, cette citation n’est pas de Socrate mais de Confucius, qui a vécu cent ans auparavant, dans un tout autre coin de la planète. Le travail sur ce livre m’a donc souvent obligé à lire, élargir mes vues, me forçant à davantage de modestie face à ce que je ne connais pas…

Il s’agit cependant dans cet ouvrage de ne pas glisser dans un malentendu : hormis l’attitude consistant à inférioriser l’autre, rien n’est plus funeste que vouloir gommer les différences pour « assimiler » l’autre à soi. L’autre est semblable et différent. Tel restera toujours le paradoxe. Mais souvent nous cherchons à désamorcer l’inquiétude que suscite ce paradoxe, soit dans une tentative d’infériorisation (l’autre ne possède pas la même valeur), soit en niant l’autre comme « différent », dans une tentative d’assimilation (l’autre est semblable à nous et il doit donc se plier à nos règles de reconnaissance). C’est à cette dérive assimilatrice qu’il s’agit de prendre garde dans un livre traitant des expressions équivalentes. Vouloir en quelque sorte « prouver » que l’autre est notre semblable est une démarche toujours ambiguë. La reconnaissance de l’autre ne saurait être soumise à une condition. Ce n’est pas parce que l’on me prouve que tu es semblable à moi que je dois donc te reconnaître comme frère ou soeur, mais c’est parce que je te reconnais comme frère ou soeur que tu es mon / ma semblable…